La complexité de l'orthographe française résulte du fait qu'elle n'est pas simplement phono-graphique mais complémentairement idéographique. Deux exemples suffiront pour étayer cette affirmation : - un groupe de lettres peut correspondre à un seul phonème (oiseau) - un même phonème peut être représenté par des graphies différentes (matin, faim, ceinture, il craint, examen).

L'objectif des projets de réforme est de simplifier l'écrit pour le rapprocher de l'oral. Mais ces tentatives, pour rendre l'orthographe plus phonétique, ont notamment pour conséquence de réduire ou supprimer un nombre de précisions d'ordre sémantique, lexical et syntaxique (accords muets, distinction des homonymes, consonnes redoublées, lettres finales muettes, ...) qui facilitent plus ou moins le décodage de l'écrit. "il en résulte que toute intervention sur l'orthographe d'un mot, tout projet de réforme, apparaît d'abord comme un attentat contre le visage du mot et contre son contenu" (Claire BLANCHE-BENVENISTE et André CHERVEL , L'orthographe, 1969, p.172). En conséquence, on risque fort de supprimer certaines difficultés pour les remplacer par d'autres.

C'est pourquoi d'ailleurs, même dans un système d'accès à la lecture et à l'écriture par l'Alfonic (André MARTINET, 1972 , Etudes de linguistique Appliquée, n°8, pp. 27-36), il n'est pas proposé de transposer la graphie du français au moyen de nouvelles conventions ( e par exemple "e" au lieu de "in" comme dans l'alphabet phonétique international) mais simplement de présenter, dans un premier temps, une écriture simplifiée où, à chaque son, correspondrait toujours la même lettre (so = sot, saut, seau par exemple).

Si nous évoquons en plus des problèmes d'ordre économique (incidences commerciales d'une écriture nouvelle dans le domaine de l'imprimerie), d'ordre socio-psychologique (règles imposées par les institutions, l'usage) d'ordre culturel (répercussions sur le plan culturel de l'abandon d'une écriture traditionnelle), il est facile de comprendre pourquoi toute réforme même partielle a soulevé et soulève toujours autant de résistances conservatrices. Il nous semble donc utile d'adopter une position plus réaliste : la seule justification acceptable de l'orthographe, c'est qu'elle fait partie d'un code à respecter pour faciliter la compréhension d'un message écrit; la seule démarche pertinente en matière d'orthographe d'usage, c'est de rechercher, compte tenu de la complexité de l'orthographe des procédures nouvelles qui permettent un apprentissage rationnel et efficace.