Beaucoup d'enseignants s'imaginent encore que l'utilisation des manuels d'E. et 0. BLED (les premiers datent de 1946) contribue dans une certaine mesure à améliorer les résultats en orthographe des élèves. Ils invoquent la nécessité d'acquérir des automatismes par des exercices de type réflexe. Reconnaissons bien volontiers que les BLED ne manquent pas de qualités : ils sont faciles à utiliser, la présentation est claire, les difficultés ne sont pas laissées au hasard mais organisées de manière à sécuriser les utilisateurs. Les exercices peuvent être individualisés et des fichiers auto-correctifs ont même été prévus. II ne faut malheureusement pas oublier que ces ouvrages, bien que faits par des instituteurs pour des instituteurs, ne reposent pas sur un vocabulaire fondamental scientifiquement établi, qu'ils privilégient des démarches déductives (une règle, des applications) et ne proposent généralement que des exercices d'imprégnation, de systématisation et de contrôle.

Bref, la démarche est toujours la même. Il s'agit d'exercer l'élève à respecter une règle imposée d'autorité et non découverte de manière empirique. Des exercices à caractère artificiel, parce que coupés du vécu de l'enfant, doivent assurer la mise en place d'automatismes simples et sûrs. Ajoutons enfin que l'orthographe grammaticale et la conjugaison s'y taillent la part du lion au détriment de l'orthographe lexicale qui pose pourtant des problèmes autrement difficiles à résoudre.

II n'en reste pas moins vrai, et nous pouvons le déplorer, que selon D. BERLION (revue n°25, A.L.P., octobre 1984) ces livres "demeurent trente-cinq ans après leur parution, les manuels d'orthographe les plus usités dans les classes françaises" (p.17) alors que toutes les instructions officielles en matière d'enseignement de l'orthographe insistent sur l'importance à accorder à des activités et des exercices de découverte, d'organisation et d'exploitation des découvertes dans des situations de vie.